HONG KONG

Depuis le Victoria Peak, la montagne qui surplombe Hong Kong et la baie de Victoria, le coucher du soleil offre un spectacle grandiose. Tandis que le ciel incandescent vire au noir, une forêt de gratte-ciel s’illumine. L’œil distingue également un vaste champ de grues, dont certaines arborent le logo de Dragages Hong Kong. La filiale de Bouygues Construction[1], installée depuis 70 ans dans le territoire, les utilise dans le cadre de deux importants projets d’infrastructures qu’elle mène depuis 2020 dans le nord du territoire, à Kowloon, pour le compte du Département du génie civil et du développement de Hong Kong. Des projets à mener à bien malgré les nombreux défis qui se succèdent.

[1] Filiale cogérée par Bouygues Travaux Publics et Bouygues Bâtiment International.

Écrit par Laura Franchet

Quartz contre métal

“Nous réalisons le tunnel T2 qui fait partie d’une nouvelle route servant à connecter l’ouest de Kowloon au quartier de Tseng Kwan O, déclare Ivan Chau, directeur du projet. Cette voie souterraine permettra de réduire les temps de circulation dans la zone de 65 à 12 minutes aux heures de pointe.”
Par 50 mètres de profondeur, à une pression relative de 5 bars, le tunnelier Rhea fait son œuvre. Il creuse l’un des deux tubes sous-marins longs de 2,4 kilomètres qui constituent le tunnel T2. “Le tracé du tunnel routier sous la mer impose un creusement sous haute tension car le terrain au-dessus du tunnel est peu épais, explique Étienne Baranger, directeur d’exploitation des travaux publics. À cela s’ajoute le granit massif de Hong Kong qui est très peu fracturé et qui possède une grande teneur en quartz, un minerai abrasif pour le métal.” Pour affronter ce sous-sol complexe et un environnement à haute pression, Dragages Hong Kong a choisi de réutiliser Rhea et Victoria, les deux tunneliers à l’œuvre sur le tunnel routier sous-marin de Tuen Mun-Chek Lap Kok, livré en 2020. Les têtes de coupes ont néanmoins été changées : avec leurs 14 mètres de diamètre et leurs 500 tonnes, elles sont hérissées de 72 molettes en métal permettant de creuser le terrain. “Les molettes sont insérées dans des cylindres afin de les protéger de la pression, assure Armin Sidali, spécialiste hyperbare. Elles peuvent être changées directement dans le sas de la tête de coupe par les techniciens de maintenance, ce qui remplace l’intervention des plongeurs soumis à la pression à l’extérieur du tunnelier.

Nous réalisons le tunnel T2 qui fait partie d’une nouvelle route servant à connecter l’ouest de Kowloon au quartier de Tseng Kwan O

Ivan Chau

directeur du projet

50

mètres de profondeur

2.4 km

qui constituent le tunnel T2

J’ai pu voir le secteur se transformer avec plusieurs innovations mises en place par Bouygues

Fabrice Delporte

directeur des travaux des tunneliers et ancien plongeur hyperbare

72

molettes en métal permettant de creuser le terrain

22

rameaux d’évacuation

Fabrice Delporte, directeur des travaux des tunneliers et ancien plongeur hyperbare, travaille pour Bouygues Construction depuis 1992 sur les ouvrages souterrains (tunnels du Groene Hart, du métro de Sydney et de la ligne 14 à Paris) : “J’ai pu voir le secteur se transformer avec plusieurs innovations mises en place par Bouygues, comme le système Mobydic qui nous permet de suivre en temps réel l’usure des molettes afin d’optimiser leur remplacement”. Autre innovation étonnante sur ce projet : l’installation de deux robots destinés à boucharder le béton[1] à l’intérieur du tunnel. À l’autre extrémité du tracé, le tunnelier Victoria creuse le deuxième tube du tunnel. Les deux tubes seront reliés par 22 rameaux d’évacuation, des “mini -tunnels” construits en même temps que les tubes principaux. Un mini-tunnelier perce les anneaux de béton du revêtement, installés par les grands tunneliers, et pose des tuyaux en béton armé entre chaque tube. Une prouesse technique testée avec succès sur le tunnel de Tuen Mun-Chek Lap Kok.
En surface, l’impressionnant quai logistique du tunnel T2 fonctionne 24 heures sur 24 et sept jours sur sept à proximité du village de Cha Kwo Ling où vivent près de 300 âmes. C’est sur cet emplacement que les équipes construisent le bâtiment de ventilation de l’ouvrage. Une activité intense qui détonne avec le calme régnant du temple de Yau Ma Tei Tin Hau. Des compagnons du chantier viennent s’y recueillir pour s’assurer chance et protection. Illustration de Hong Kong et de ses paradoxes.

[1] Filiale cogérée par Bouygues Travaux Publics et Bouygues Bâtiment International.

Alerte au typhon

C’est branlebas de combat ce matin de novembre sur le projet de la route centrale de Kowloon. Une alerte au typhon de stade 3, rare pour cette période de l’année, a été déclenchée dans la ville. La pluie s’abat violemment sur les installations du chantier et complique les travaux du tunnel construit les équipes de Dragages Hong Kong. L’urgence est d’assurer la sécurité des compagnons et de protéger les équipements. Le stade 8 (sur 10) sera atteint le lendemain, obligeant l’arrêt du chantier pour quelques heures et l’adaptation du planning. Un aléa climatique auquel les équipes sont toutefois habituées et savent faire face. Mais pour le moment, les travaux se poursuivent sous terre, à 100 mètres de profondeur. De nombreuses galeries composent une gigantesque fourmilière au sein de laquelle des compagnons excavent, bétonnent et ferraillent.

“Nous creusons avec des méthodes de forage et de dynamitage, déclare Alain Fievez, directeur de la production. Nous avons organisé six fronts d’attaque grâce à six Jumbos, des machines munies de bras foreurs qui creusent les trous où on l’on insère les explosifs dans la roche.” Un travail minutieux pour lequel aucune erreur n’est permise. Trois lignes de métro surplombent le chantier et en surface, une ville hébergeant plus de deux millions d’habitants, soit la zone urbaine la plus peuplée de Hong Kong. « Le tunnel, long de 4,7 kilomètres, accueillera trois voies de circulation, précise Ka Leung Lee, directeur du projet. À terme, la route centrale de Kowloon permettra de faciliter la circulation dans le quartier résidentiel de Yau Ma Tei, de soutenir les nouveaux projets de développement dans la région, d’améliorer la qualité de l’air ainsi que la sécurité des citadins. »

[1] Action de rendre la surface du béton plus régulière

Le tunnel, long de 4,7 kilomètres, accueillera trois voies de circulation. À terme, la route centrale de Kowloon permettra de faciliter la circulation dans le quartier résidentiel de Yau Ma Tei

Ka Leung Lee

directeur du projet

Cap sur l’île de Lantau

Entre deux montagnes, au nord de l’île de Lantau et à proximité de l’aéroport international de Chek Lap Kok, la filiale de Bouygues Construction réalise un imposant bâtiment de six étages. “Nous sommes chargés de la conception et de la construction d’un centre de services pour l’hôpital situé à proximité et avons démarré l’opération en novembre 2020. Le bâtiment comprendra des services de blanchisserie, de production alimentaire, d’informatique ainsi que des services d’urgence sur un total de 54 000 m²,” déclare Paul Liu. Ce directeur d’opérations sur les projets de bâtiments chez Dragages Hong Kong supervise en parallèle la réalisation de quatre autres bâtiments dans l’archipel : un centre de sport, un laboratoire d’innovation, un centre de courrier ainsi qu’une caserne de pompiers qui sera accompagné d’un dépôt d’ambulances. Ce dernier projet, inédit pour Dragages Hong Kong, verra sa superstructure réalisée à 83 % grâce à la construction modulaire.

Ces récents contrats, confiés principalement par le Département des services d’architecture du gouvernement hongkongais, traduisent l’essor pris par le marché du bâtiment au sein de l’entreprise depuis la crise de la Covid-19. “Six projets ont été signés en l’espace de trois ans et nous nous sommes dotés d’un service de 20 personnes spécialisé dans leur conception, indique Agibail Tam, directrice adjointe du service et architecte. “Nous portons un fort intérêt à l’évaluation environnementale de nos projets accordée par la certification internationale Breeam, poursuit Abigail Tam. Elle évalue différents critères dont le recyclage des matériaux, les économies d’eau ou encore la réduction des distances d’acheminement du matériel.

Six projets ont été signés en l’espace de trois ans
et nous nous sommes dotés d’un service
de 20 personnes spécialisé dans leur conception

Agibail Tam

directrice adjointe du service et architecte

Avec ténacité, les équipes de Dragages Hong Kong démontrent ainsi leur capacité à se réinventer en surmontant les obstacles
et en s’appuyant sur un savoir-faire reconnu depuis près de 70 ans.