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Sur la Route du Littoral à la RéunionUn viaduc face aux éléments

Reportage
8 min
16/11/2018

Grand Projet

Bouygues Travaux Publics, filiale de Bouygues Construction, réalise en groupement le plus long viaduc de France. Un chantier aussi bien terrestre que maritime pour remplacer la dangereuse Route du Littoral.
Par François Menia

EN ROUTE VERS LA SéCURITé

De vertes parois à pic de plusieurs dizaines de mètres en proie aux éboulements d’un côté, la houle de dix mètres de l’océan Indien de l’autre. Au milieu, la Route du Littoral qu’empruntent chaque jour plus de 50 000 véhicules. Une artère vitale pour La Réunion puisqu’elle relie la préfecture Saint-Denis et l’aéroport au Nord à la commune de La Possession et au port à l’Ouest. Or, les chutes de roches et les gigantesques vagues qui s’abattent régulièrement sur la route provoquent chaque année de nombreux accidents ainsi que des fermetures partielles ou intégrales à la circulation. D’où la décision de la région en 2010 de remplacer cette double voie dangereuse par un viaduc longeant la côte sur 5,4 kilomètres. Le plus long jamais construit en France.

Son tablier se situera entre 20 et 30 mètres au-dessus de la mer, contre 6 mètres pour la route actuelle. Le groupement d’entreprises, composé de Vinci Construction Grands Projets, Dodin Campenon Bernard (filiale de Vinci Construction), Bouygues Travaux Publics (filiale de Bouygues Construction) et Demathieu Bard Construction, est chargé de réaliser les travaux. Jean-Luc Bouchet, directeur Travaux, estime que cette décision relevait de l’urgence :

“La route devenait trop dangereuse et son entretien trop coûteux, il fallait sortir de cette situation. Ici, il ne s’agit pas de désengorger la route mais plutôt d’une mise en sécurité de l’itinéraire existant.”

LE CHANTIER DU VIADUC EN CHIFFRES :

800
Compagnons mobilisés,
dont 95 % de locaux
1 386
Voussoirs
300 000 m3
de béton

USINES À CIEL OUVERT

“Et voici un nouveau voussoir prêt à être posé.” Face à Luis Da Costa, une immense structure en béton qui sera associée à 1 385 autres, dont 210 spécifiques, pour constituer le tablier du viaduc. À Port Est, à quelques kilomètres du chantier, le groupement a construit sur un site de 9 hectares face à la mer deux usines de préfabrication à ciel ouvert, l’une de voussoirs, l’autre de piles. Le compagnon de Bouygues Travaux Publics est en charge du bétonnage des premiers : “Pour fabriquer chaque voussoir, nous coulons 100 mètres cube de béton dans des coffrages qui pèsent 250 tonnes”, annonce-t-il. Sous une averse tropicale, Luis inspecte les voussoirs fraîchement bétonnés en compagnie de son collège Aderito Nogueira. “En vingt ans de métier, je n’ai jamais vu un chantier aussi colossal”, note ce dernier. Les voussoirs sont ensuite acheminés sur le chantier au moyen de trois fardiers. Équipés de 216 roues, ces véhicules de 35 mètres de long pour 5 mètres de large sont capables de transporter l’équivalent d’un immeuble de trois étages. Le transport s’effectue de nuit, sur la Route du Littoral, pour gêner au minimum la circulation.

Plus loin sur le site, de gigantesques troncs de béton s’élèvent vers le ciel. Ce sont l’embase et la tête des piles du pont qui, une fois montées, pèseront près de 7000 tonnes pour une vingtaine de mètres de haut. Chaque pile sera alors surmontée d’un méga voussoir sur pile (VSP), une structure constituée de sept voussoirs créant l’amorce du tablier. Pour amener piles et méga VSP sur le site du chantier, le groupement a recours à... une pieuvre géante.

Aderito Nogueira
Compagnon
“En vingt ans de métier, je n’ai jamais
vu un chantier aussi colossal.”

ZOURITE EN ACTION

Soleil éclatant, peu de vent, mer calme... des conditions optimales pour poser un méga VSP sur une pile du viaduc. L’élément a été chargé à quai sur le site de préfabrication, transporté puis posé en mer par Zourite. Cette barge grande comme un terrain de football, dont le nom local désigne une pieuvre, est donc équipée de huit jambes qui lui permettent de s’ancrer au sol, une fois arrivée sur le lieu de pose. Nous voulions restreindre le béton coulé en place pour limiter l’impact des travaux sur l’écosystème marin, justifie Xavier Loye, chef de secteur de la pose des appuis en mer. Zourite est à la fois une barge et un chantier qui se déroule en mer. Nous installons au centimètre près des éléments de 4 800 tonnes pour les embases et 2 400 tonnes pour les têtes de pile. Ces éléments sont ensuite clavés entre eux à l’aide de 40 mètres cube de béton et de 8 tonnes d’acier dans un environnement par définition instable. C’est un travail de grande précision.

Et une première pour la plupart des compagnons, davantage habitués à travailler sur la terre ferme, mais aussi pour l’équipage de la barge. Le capitaine Fabien Géreux a vite pris conscience de la tâche à accomplir : “C’est un joli défi à relever que de piloter ce navire. L’avancement du chantier dépend des conditions climatiques. Un peu de houle et nous sommes bloqués à quai ”. De sa cabine, talkie-walkie à la main, il lève les yeux au ciel, guettant les nuages porteurs de pluie.

Yann Dieulesaint, chef de secteur adjoint sur les travaux de pose, confirme : “Si la houle empêche Zourite de naviguer, la pile ne peut pas être mise en place et donc les voussoirs ne peuvent pas être posés. De toute façon, cette même houle provoque la fermeture de la route existante, donc bloque l’acheminement des voussoirs sur le chantier. Conséquence : le stock de voussoirs ne se libère pas et l’usine de préfabrication met sa production en pause. Marins, compagnons, ingénieurs... notre travail dépend de la météo”. Et la météo de l’île, au relief marqué, peut être capricieuse, la pluie pouvant tomber en abondance à la suite du passage d’une dépression ou d’un cyclone. Lors de la saison cyclonique, il peut pleuvoir autant en quelques journées à La Réunion qu’en un an à Paris. Mais en ce mois d’avril, le temps est au beau fixe. Tout comme le moral des équipes. Une 28e pile (sur 48 au total) a été installée. De chaque côté de son méga VSP, un portique mobile met en place les voussoirs acheminés par les fardiers. Tout comme Zourite, ce lanceur presque aussi grand que la tour Eiffel (278 mètres de long contre 300 mètres pour le monument) a été fabriqué spécifiquement pour les besoins du chantier. Un projet exceptionnel qui prendra fin au second semestre 2019. Pour les automobilistes réunionnais, les dangers des éboulis et de la mer déchaînée seront alors un lointain souvenir.

UN CHANTIER SOUCIEUX
DE SON ENVIRONNEMENT

La Réunion abrite des milliers d’espèces protégées.
Le recours à la barge Zourite a permis de restreindre le béton coulé en place et ainsi de limiter l’impact du chantier sur l’écosystème marin. Un écran acoustique a par ailleurs été déployé en mer pour atténuer les propagations sonores liées aux travaux. Des barrages filtrants ont été dressés devant le récif corallien et les taux d’acidité et de matières en suspension sont mesurés régulièrement. Six piles du viaduc ont également été dotées de modules éco- conçus, jouant un rôle de refuge pour la faune marine. Enfin, l’éclairage de nuit est interdit sur le chantier de décembre à avril, afin de limiter les risques d’échouage des oiseaux.

LA NOUVELLE ROUTE DU LITTORAL

En plus de ce viaduc de 5,4 kilomètres, une route digue de 6,7 kilomètres complète la Nouvelle route du littoral. GTOI, filiale réunionnaise de Colas, réalise le chantier, en groupement avec SBTPC, filiale de Vinci Construction, et Vinci Construction Terrassement.
Les six digues assureront les jonctions avec la terre ferme et les sept tabliers (constituant le viaduc). Le groupement est aussi en charge du chantier de l’échangeur de La Possession.

Aderito Nogueira, compagnon, devant un voussoir fraîchement bétonné.
Fabien Géreux, capitaine de la barge Zourite, qui amène et pose les piles du futur viaduc.
A ce viaduc, s'ajoute une route de digue de 6,7 kilomètres, composant la Nouvelle Route du Littoral.