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MONACO S'ÉTEND SUR LA MÉDITERRANÉEUne extension par mer et caissons

Reportage
5 min
18/04/2019

Monaco

À l’étroit sur son territoire de 2km2 situé entre mer et montagne, la Principauté poursuit sa politique de développement. Elle étend son territoire au travers de l’extension en mer de l’Anse du Portier. Bouygues Travaux Publics, filiale de Bouygues Construction, s’est vu confier les travaux de l’infrastructure maritime. Focus sur des méthodes constructives innovantes.
Par Amandine Sand

UN CHANTIER ACTIF DE JOUR COMME DE NUIT

Une matinée de septembre sur le Grand port maritime de Marseille. Sous un soleil éclatant, près de 150 compagnons sont à l’œuvre sur un chantier qui ne dort jamais. C’est ici que les équipes de Bouygues Travaux Publics préfabriquent les 18 caissons de béton armé qui, assemblés les uns aux autres, constitueront la ceinture de protection du futur écoquartier de l’Anse du Portier, à Monaco. Un rempart contre la mer. “C’est un chantier très complet avec de nombreuses activités : maritime, mécanique, de génie civil...”, souligne Geoffroy Broudy, responsable des activités maritimes liées à la fabrication et aux mouvements des caissons. Dans le port marseillais, 32 000 m2 sont aménagés pour accueillir le caissonnier, un dock flottant qui permet la réalisation des caissons, et une zone de stockage. À quai, sur 10 000 m2, se concentre l’espace destiné au travail préparatoire (ferraillage et montage des coffrages) et à la finalisation des caissons.

MARCO POLO, UN PROTOTYPE SUR MESURE

Un géant s’impose dans le paysage portuaire : le caissonnier. 51,30 mètres de large, 25,50 mètres de haut, pour un poids de 4 559 tonnes. Son nom : Marco Polo. “C’est un équipement unique en France, imaginé et développé pour les besoins de ce chantier”, assure Geoffroy Broudy. En son sein, chaque caisson est préfabriqué en moins d’un mois. Les mouvements des compagnons s’articulent dans un ballet millimétré, au milieu d’une forêt de tiges d’acier qui constituent l’armature métallique de la structure. Les ferrailleurs et les coffreurs doivent impérativement progresser au même rythme pour élever la structure. “Les compagnons se relaient 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, explique Éric Cheype, le directeur Travaux du génie civil des caissons. Avec la technique du coffrage glissant, compte tenu du nombre important de voiles béton à réaliser en même temps, il est pratiquement impossible de suspendre la fabrication d’un caisson une fois débutée”.

Au fur et à mesure de sa construction, le poids du caisson augmente (il atteindra 10 000 tonnes pour 26 mètres de haut) et le caissonnier s’enfonce dans la mer, jusqu’à atteindre des profondeurs dépassant les 20 mètres. Eurêka ! Soumis à la poussée d’Archimède, le caisson achevé se libère de son habitacle. Par la suite, le Marco Polo refait surface pour accueillir les travaux du prochain élément en béton. Quant au caisson réalisé, il est remorqué à quai, au poste où sont fabriqués sur sa partie supérieure les poteaux Jarlan en béton constituant le mur brise-vagues. Enfin, il est stocké puis remorqué jusqu’à Monaco par voie maritime : une première.

Éric Cheype
Directeur Travaux du génie civil des caissons
Ce chantier est dans une autre dimension : tout est plus grand et son niveau d’exigence est très élevé.

L’IMPéRATIF
ENVIRONNEMENTAL

Après une traversée de 200 kilomètres pendant trois jours, le caisson remorqué arrive sur le chantier maritime de Monaco. Depuis le mois de septembre 2018, chaque caisson prend place sur un remblai d’assise sous-marin, composé de 1,5 million de tonnes de roches. Le caisson est ensuite immergé d’eau de mer puis lesté à l’aide de matériaux de carrière. “La pose du premier caisson a été une étape charnière pour le chantier, souligne Christophe Hirsinger, directeur du projet. Ce caisson représente l’aboutissement de deux ans de travaux invisibles sur le chantier, du dragage du fond rocheux à la constitution du remblai.” En ce début d’après-midi de septembre, le premier caisson est posé. Les suivants se succéderont jusqu’en juillet 2019. “La production propre du génie civil de superstructure des caissons débutera au mois de mai 2019 lorsque l’accès à la ceinture de caissons sera terminé.”

Mi-2020, les travaux d’infrastructure laisseront place à la construction de l’écoquartier de l’Anse du Portier. Localisé entre la réserve sous-marine du Larvotto et le tombant des Spélugues, le chantier fait l’objet d’un suivi particulièrement exigeant en raison des objectifs environnementaux fixés par la Principauté. Diverses mesures ont ainsi été mises en place pour préserver les ressources marines, maintenir la qualité des eaux ou encore réduire les nuisances sonores et vibratoires. Le défi environnemental est pensé jusque dans la conception et la préfabrication des caissons à Marseille, comme le pointe Geoffroy Broudy : “Les façades extérieures des caissons possèdent des rainures de 15 mm de profondeur pour permettre aux plantes, algues ou invertébrés de s’y accrocher. Des herbiers artificiels et des murets rocheux seront ensuite installés pour y développer la colonisation de diverses espèces”. L’extension du territoire monégasque se fera dans le respect de l’écosystème marin.

Deux questions à...

Christophe Hirsinger, Directeur du projet de l’extension en mer de Monaco
Comment avez-vous préparé ce chantier sur le plan environnemental ?
Nous avons recensé, dans le cadre d’une étude d’impact environnemental, les espèces marines protégées situées sur le chantier. Dès l’automne 2016, nous avons déplacé 143 grandes nacres et transplanté plus de 500 m2 d’herbiers de Posidonie dans la réserve du Larvotto et le long de la digue de Fontvieille.
Quelles sont les mesures environnementales mises en place sur le chantier maritime de Monaco ?
Nous avons mis en place un plan de maîtrise de la turbidité qui nous permet de limiter la propagation des particules fines dans l’eau. Des écrans sous-marins de protection ont été posés et des balises mesurent constamment la turbidité et la luminosité. Nous avons également déployé un écran de protection acoustique sur la digue et des hydrophones dans la réserve du Larvotto et dans la zone d’immersion. Enfin, au quotidien, des équipes de plongeurs effectuent un suivi biologique des écosystèmes transplantés et du chantier.
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  1. Dragage du fond rocheux :
    extraction des sédiments sous-marins limoneux pour assurer une mise à nu du fond rocheux.
  2. Constitution du remblai d'assise :
    dépose d'un matériau granulaire spécifique pour constituer l'assise des caissons.
  3. Pose des caissons :
    acheminement de 18 caissons de forme trapézoïdale en béton.
  4. Protections anti-affouillement :
    constitution d'un talus sous-marin pour éviter l'érosion des fondations en cas de houle importante.
  5. Remblaiment du terre-plein :
    déversement de 450 000 m3 de sable marin extraits du Nord de la Sicile.
  6. Traitement du sol :
    traitement des sédiments en place contre la liquéfaction et des remblais d'apport.
  7. Berme (protection anti-affouillement) :
    dépose d'un géotextile et d'une protection en enrochement renforcée
Christophe Hirsinger
Directeur du projet de l’extension en mer de Monaco
Nous effectuons un suivi biologique des écosystèmes.
60 000m2
Surface de l’extension
18
caissons de 28 m de côté et 26 m de haut.
  • 10 000 tonnes
  • 3 800 m3 de béton
9 jours
de bétonnage sans interruption pour un caisson.
1
caissonnier, le Marco Polo
  • 51,30 m de large
  • 25,50 m de haut
  • 4 559 tonnes
2020
Date de livraison du projet

En chiffres

L’ANSE DU PORTIER
Cet écoquartier sera installé sur un terre-plein de 6 hectares. Sur ce nouvel espace, sera construit 60 000 m2 de logements de luxe, un agrandissement du Grimaldi Forum de 3 500 m2, un parking public, un port d’animation, des jardins ainsi que des espaces et équipements publics.
©Gilles Chaumery – Droïd Production
Visite du chantier avec Martin Bouygues et SAS Le Prince Albert II.
Des compagnons à l'oeuvre au sein du caissonnier.
Le caissonnier Macro Polo a été développé pour les besoins du chantier.
Vue de nuit du chantier.