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La Guyane avec grands soins

Reportage
5 min
27/09/2018

OUTRE-MER

À Saint-Laurent-du-Maroni, Bouygues Construction réalise son premier chantier guyanais. Deux maîtres-mots : exigence et souplesse.
Par Céline de Buttet

LE « PETIT PARIS » SE RÉVEILLE

Dans la chaleur moite de l’après-midi, les rues du “petit Paris”, surnom donné autrefois à Saint-Laurent-du-Maroni, semblent endormies. Accolé à l’ancien bagne, l’hôpital, vestige décrépi d’architecture coloniale, accueille ses derniers patients. Dégradation des bâtiments classés, exiguïté des lieux, saturation des services : l’unique établissement de santé de l’Ouest guyanais est sur le point de passer le relai au nouveau Centre hospitalier de l’Ouest guyanais Franck Joly (Chog), à quelques kilomètres de là. Des bâtiments flambants neufs, intégrant cinq blocs opératoires, un service de réanimation et surtout une maternité, indispensable sur ce territoire où le taux de fécondité est l’un des plus élevés au monde (5, 2 enfants par femme). Les équipes de Bouygues Bâtiment Centre Sud-Ouest, Bouygues Energies & Services et Ribal TP, filiale de Colas, achèvent les travaux.

Christophe François
Directeur de Bouygues
Batiment Outre-mer
“On fait un chantier à 8 000 kilomètres de nos bases, en respectant les mêmes standards qu’en métropole : sécurité, qualité, délai et éthique... Nous ne transigeons sur rien. Cela demande une rigueur de tous les instants.”

LOGISTIQUE TRANSATLANTIQUE

“Garder la tête froide, rester souple et avoir toujours un plan B” : trois conseils pragmatiques prodigués par l’équipe en place pour garder le cap en Guyane... Et affronter le casse- tête des approvisionnements, qui demandent organisation et anticipation : les réglementations françaises et européennes interdisent de s’approvisionner en matériaux dans les pays voisins, or rien n’est produit dans le département ! Il faut dès lors tout faire venir de métropole, que ce soit pour le chantier ou pour le fonctionnement du futur hôpital. Commander, acheter, transporter : autant d’étapes qui ne laissent pas le droit à l’erreur si on veut tout réceptionner dans les délais impartis, sans conséquences pour le chantier.

Le Havre – Saint-Laurent- du-Maroni : c’est au minimum un mois de transport quand tout se passe comme prévu. Pour éviter les déconvenues, les équipes s’appuient sur la direction technique de Bouygues Bâtiment Centre Sud-Ouest. Depuis la France métropolitaine, elle assure une base arrière logistique et technique, chargée notamment d’optimiser le chargement des conteneurs maritimes.

Une seule exception : le béton. “Nous avons installé une centrale à béton et une usine de préfabrication sur place, explique Lionel Deveaux, directeur de projet chez Bouygues Bâtiment Centre Sud-Ouest. Cela nous a permis d’être le plus autonome possible, sans dépendre de l’environnement local.” Tous les murs et prédalles du futur pôle hospitalier ont ainsi été réalisés sur le site, sous un hangar afin de s’affranchir autant que possible des intempéries.

UN HÔPITAL, TROIS LOTS RÉUNIS DANS UNE GESTION INTÉGRÉE

Bouygues Bâtiment Centre Sud-Ouest, avec sa filiale Bouygues Bâtiment Outre-Mer, et Bouygues Energies & Services gèrent dans une Société en participation (Sep) commune l’ensemble du projet après avoir gagné leurs parties respectives.

LOT01

Il s’agit de la construction du clos et couvert, des corps d’état architecturaux et des voiries et réseaux divers du centre hosspitalier. Le groupement en charge de cette partie, dont Bouygues Bâtiment Centre Sud-Ouest est mandataire, associe sa filiale Bouygues Bâtiment Outre-Mer et Ribal TP, filiale guyanaise de Colas.

LOT02

Cette partie comprend l’électricité et les courants forts et faibles, elle est réalisée par Bouygues Energies & Services.

LOT03

Egalement pris en charge par Bouygues Energies & Services, ce lot comprend le chauffage ventilation- climatisation, la plomberie et les fluides médicaux.

SOUS LES EAUX

Le ciel s’assombrit, la pluie tombe de plus en plus dru, le petit “été de mars”, précédent la grande saison des pluies, n’a duré que quelques semaines. En Guyane, jongler avec les averses fait partie du quotidien. Des bâches provisoires permettent la plupart du temps de poursuivre le travail, presque comme si de rien n’était. Au cours de l’été 2015, alors que débute le gros œuvre, les précipitations sont particulièrement importantes : cette année- là, le cumul atteint 2 688 millimètres, contre 1 288 millimètres à Brest.

En plus de tomber du ciel, l’eau vient aussi du sol. Quatre sources, détournées depuis, se promènent sous le terrain, obligeant les équipes à débuter les travaux par d’importantes fondations et l’installation de plus de 1 200 pieux. La construction d’un réservoir en escalier, le long d’un des bâtiments, s’avère nécessaire pour réguler le débit des eaux en cas de grosses pluies. Il permet également de canaliser l’une des sources présentes sous le terrain. Le climat équatorial humide a d’autres conséquences : “Le choix des matériaux utilisés est primordial, remarque Philippe Jaffré, responsable du lot 03 chez Bouygues Energies & Services. Afin de prévenir la corrosion, il faut les traiter pour les rendre étanches”.

Philippe Jaffré
responsable du lot 03 chez Bouygues Energies & Services
Le choix des matériaux utilisés est primordial. Afin de prévenir la corrosion, il faut les traiter pour les rendre étanches.
Le saviez-vous ?
Pour trouver des recrues locales, les équipes du chantier se sont tournées vers le Régiment du service militaire adapté (RSMA). Le RSMA est un dispositif d’insertion spécifique à l’outre-mer.

Il propose à des volontaires, garçons ou filles âgés de 18 à 25 ans, une formation professionnelle dans un cadre militaire. Après un mois de formation initiale, les stagiaires sont formés à un des vingt-et-un métiers proposés en Guyane : maçonnerie, électricité, plomberie, menuiserie, sécurité, restauration, petite enfance, horticulture, etc. En 2017, 563 volontaires sont entrés au RSMA de Guyane et 77 % d’entre eux ont trouvé un emploi ou une formation.
28 000 m2
Surface du nouvel hôpital
5
Bâtiments
dont 5 blocs opératoires et une maternité
266
Lits et places
La maternité double sa capacité d’accueil
92 M€
Montant du contrat

L’AVENTURE GUYANAISE

Une pirogue file sur les eaux limoneuses du Maroni. Le plus long fleuve de Guyane, frontière naturelle avec le Suriname voisin, borde la ville. Amérindiens, Bushinengués, Chinois, Antillais, Brésiliens, Hmongs, Surinamais, Haïtiens, Guyanais et métropolitains... La population de Saint-Laurent est un joyeux melting-pot. Une diversité que l’on retrouve sans surprise sur le chantier. Mais dans ce département recouvert à plus de 90 % par l’épais tapis vert de la forêt amazonienne, pas facile de trouver en nombre suffisant du personnel ayant les compétences recherchées pour le projet : la mobilité est un frein et le taux de chômage particulièrement élevé.

Des experts venus de l’Hexagone accompagnent la main d’œuvre locale, et, pour la majorité d’entre eux, il s’agit d’une première expérience outre-mer. C’est le cas de Basile Labonne, chef d’équipe chez Bouygues Bâtiment Centre Sud- Ouest et Compagnon du Minorange. Installé depuis trois ans sur la base- vie du chantier, avec une trentaine d’autres compagnons, il a pris goût à l’aventure et rêve déjà d’une future expatriation. L’encadrement a été renforcé pour entourer le personnel peu qualifié, avec succès : plusieurs grutiers, formés sur place, travaillent aujourd’hui sur le chantier d’Ariane 6 à Kourou. Pour favoriser l’insertion et trouver des recrues, les équipes se tournent principalement vers le Régiment du service militaire adapté (lire l’encadré).

Arnaud Cherbonnel
Lieutenant-colonel
“Nous proposons à de jeunes Guyanais volontaires une formation professionnelle. Notre objectif est qu’ils trouvent un emploi”
SEPTEMBRE 2018
Ouverture
270
Compagnons (et sous-traitants)
en pointe sur le chantier

Ainsi, depuis le début des travaux, ils sont en moyenne treize compagnons en insertion à œuvrer chaque mois sur le chantier. Ce qui est vrai pour les équipes de Bouygues Construction l’est aussi pour le personnel de l’hôpital. “Nous avons besoin de 70 sages-femmes et infirmiers et d’une trentaine de médecins supplémentaires, raconte Jean-Mathieu Defour, directeur du Chog. Des compétences rares en Guyane. Le personnel, souvent jeune, arrive des Antilles ou de métropole, reste un an ou deux et repart. Ceux qui étaient à l’initiative du projet ne sont plus là.” À ces problèmes de recrutement s’ajoute l’attention particulière portée à la sécurité, “qui nous contraint à veiller constamment sur nos collaborateurs et leurs familles”, précise Lionel Deveaux. De quoi souder les équipes : tous espèrent la signature d’un nouveau contrat aux Antilles pour vivre ensemble d’autres aventures ultramarines.

La population de Saint-Laurent-du-Maroni est un joyeux melting-pot. Une diversité que l'on retrouve sur le chantier.
Une partie des bâtiments classés de l'ancien hôpital. Certains sont aujourd'hui totalement désaffectés.
Samuel Benoit, ingénieur travaux principal (à gauche) et William Goncalves, chef de chantier (à droite) chez Bouygues Bâtiment Centre Sud-Ouest.