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Inventivité helvète

Reportage
6 min
14/09/2018

SUISSE

Remporter des projets en agrandissant des fenêtres et en dépassant les contraintes techniques ou en proposant à des enfants de dessiner leur future aire de jeux... Losinger Marazzi, filiale de Bouygues Entreprises France-Europe, mise sur son savoir-faire mais également sur sa capacité à réinventer l’usage des bâtiments, voire même à l’inventer tout court. Démonstration avec la rénovation de l’ancien siège de la Poste à Berne, dite opération Schönburg, et le lancement d’une démarche participative inédite très en amont pour le développement d’un écoquartier près de Lausanne.
Par Marie-Sophie Boissy
Ce sera tout simplement le plus beau
rooftop de Berne.
Aurélien Fontanges,
Patron du projet Schönburg chez Losinger Marazzi
50 000
M² réaménagés
142
Appartements
haut de gamme
4
Mètres de large
Les fenêtres triplent de
dimension
150
Compagnons
Interviendront en
période de pointe

UNE VUE QUI PROMET
MONTS ET MERVEILLES

Aurélien Fontanges, patron du projet Schönburg chez Losinger Marazzi (filiale de Bouygues Entreprises France-Europe), fait les honneurs du lieu : après avoir cité les monts étincelants qui dominent la vallée – Eiger, Mönch et Jungfrau entre autres –, il se tourne vers les tuiles vermillon de la vieille ville, enserrée dans un méandre de l’Aar, et pointe le Palais fédéral et la célèbre fosse aux ours, où l’on peut apercevoir quelques plantigrades s’ébattre sur les pentes herbeuses de la rive.

Nous sommes sur la future terrasse du bar, avec vue à 360°, au huitième étage de ce qui sera un hôtel de 188 chambres. Nous sommes aussi sur le toit d’un immeuble de logements car l’autre moitié des 50 000 m2 de l’ancienne Poste de Berne sera reconvertie en 142 appartements haut de gamme, du 2 pièces et demi (salle de séjour avec cuisine ouverte et une chambre) au 4 pièces et demi. Cher au cœur des Bernois, ce bâtiment en forme de croix datant des années 1970 abritait également un vaste parking, un atout que le client tenait à conserver, tout comme le nombre de niveaux. Autant de raisons qui expliquent le choix d’une réhabilitation lourde consistant à ne garder que les planchers, les plafonds et les poteaux qui permettent à l’édifice de tenir debout.

Suisse
Iceland flag 46°57′35″ N 7°27′19″ W

VARIANTE GAGNANTE À BERNE

Passer de l’immobilier d’entreprise au résidentiel entraîne des transformations profondes. Ainsi les ascenseurs autrefois regroupés dans les noyaux centraux seront-ils dorénavant répartis dans les différentes ailes, au plus proche des appartements. La métamorphose la plus visible concerne l’agrandissement des fenêtres.

“Au- delà du prix, du fait que nous avions déjà travaillé pour Swiss Prime Site Immobilien AG en érigeant la Prime Tower à Zurich et le nouveau siège de la Poste “Espace Post”, à Berne Wankdorf, et que nous lui avons fait gagner des mètres carrés avec nos propositions d’optimisation des plans, c’est une autre idée innovante qui nous a permis de remporter le projet auprès du client, indique Aurélien Fontanges. Conçue pour des bureaux, la façade répétait des poteaux de 35 centimètres de large tous les 1,35 mètre, ce qui ne laissait qu’un mètre pour faire entrer la lumière naturelle. Nous avons proposé et réalisons désormais une nouvelle structure poteaux-poutres avec des éléments préfabriqués posés par l’extérieur, permettant d’élargir les fenêtres de 1,35 mètre à 4,05 mètres.”

Pour les nouvelles cages d’escalier, le béton est notamment détruit par hydrodémolition (avec de l’eau à très haute pression). Au total, 15 000 tonnes de déblais ont été évacuées en douze mois.

“C’est le plus grand chantier de démolition pour nous actuellement”, affirme Simon Eggen, conducteur de travaux chez le sous-traitant spécialisé Diamantbohr. Jusqu’à 150 compagnons de tous les corps d’état interviendront en période de pointe. Amar Abdessamie, qui gère la logistique, est le seul d’entre eux à être directement employé par Losinger Marazzi, le gros œuvre n’étant pas effectué en production propre. Outre les fenêtres de près de quatre mètres de large et les vues sur la montagne ou la mer de toits rouges, les locataires des appartements bénéficieront de loggias, de parquet massif et du chauffage au sol, mais surtout d’une hauteur sous plafond de 2,85 mètres, supérieure aux standards habituels. Quant à l’hôtel, il sera géré par l’hôtelier allemand Prizeotel, qui travaille avec le designer américain Karim Rashid, connu pour son goût pour les formes et les couleurs. Touristes et résidents pourront profiter de leurs nouveaux pénates à partir de fin 2019.

Ce que nous avons beaucoup apprécié chez Losinger Marazzi : sa proposition de
supprimer les piliers de façade pour
améliorer l’espace de vie et sa motivation
au sujet de la maquette numérique.
C’est un très bon partenaire, respectueux
des coûts et des délais, et capable de
flexibilité.
Britta Richli, Asset Manager
chez le client Swiss Prime Site Immobilien AG

DÉMARCHE PARTICIPATIVE À MORGES

Fin 2019, en revanche, les travaux seront encore en cours à Morges, à l’ouest de Lausanne, à quelques centaines de mètres du lac Léman et à dix minutes à pied du centre de cette commune très dynamique. Le futur écoquartier Églantine n’est actuellement qu’un champ de quatre hectares, où poussait autrefois du colza. En développement par Losinger Marazzi depuis 2012, le projet était resté bloqué dix ans auparavant dans le cadre d’une succession compliquée. “Nous avons proposé au syndic [maire, NDLR] de mettre en place une démarche participative de grande ampleur, explique Thierry Denuault, directeur du Développement immobilier pour la Suisse occidentale. En particulier parce que la société civile de Morges est très active et parce que nous sortions d’un projet de tour qui avait été mis en échec par les riverains à Lausanne.”

Objectif : impliquer au maximum les habitants du quartier en amont pour façonner le projet ensemble et le rendre acceptable par le plus grand nombre. L’équipe a donc suggéré à la commune de faire intervenir l’association Equiterre, qui a invité les riverains mais également les associations, lobbys, paroisses et partis politiques locaux à plusieurs ateliers pendant l’hiver 2014-2015.

“Nous avons tout d’abord demandé aux participants un état des lieux, décrit Claudia Bogenmann, membre d’Equiterre. Cela leur a permis de ‘vider leur sac’. Puis nous leur avons proposé d’imaginer leur futur quartier idéal. Enfin, nous les avons fait réfléchir dans un cadre — le nombre de logements par exemple, les éléments déjà décidés en fait — pour qu’il n’y ait pas de frustration.”

Le saviez-vous ?

Avec le projet Églantine, Losinger Marazzi participera à l’élaboration du futur label énergétique SNBB à l’échelle d’un quartier. 82 % de l’énergie sera issue de sources renouvelables (géothermie, panneaux solaires, collecteur d’eaux usées, récupérateur de chaleur).

Une application mobile sera développée à l’échelle de l’écoquartier Églantine. Elle permettra de suivre sa consommation énergétique en direct mais aussi de publier des petites annonces par exemple.

LES RIVERAINS SUR LE TERRAIN

Un froid samedi de février, un “safari” a même été organisé sur les lieux avec les riverains pour leur présenter le terrain. Les enfants étaient invités à dessiner leur future aire de jeux. “À Morges, il s’agissait de notre première collaboration avec Losinger Marazzi en entreprise totale, se rappelle Vincent Jaques, le syndic de Morges. Cette concertation poussée a permis au projet d’arriver à maturité et de mettre l’accent sur les sujets délicats, comme la hauteur des immeubles ou la mobilité, qui a cristallisé les débats. Nous allons donc construire un nouveau giratoire pour fluidifier le trafic et davantage de pistes cyclables et de chemins piétons.”

“Au final, les demandes de la centaine de riverains présents ont été très raisonnables, ajoute Thierry Denuault. Des chemins piétons pour profiter de la situation paysagère exceptionnelle, un jardin potager et un verger partagés, un mur de grimpe, des balançoires, des trampolines, une prairie pour jouer au foot, de l’auto-partage, des vélos en libre-service, des bâtiments colorés, d’architecture variée et végétalisés...”

Objectif : impliquer au maximum les habitants du quartier en amont pour façonner le projet ensemble et le rendre acceptable par le plus grand nombre. L’équipe a donc suggéré à la commune de faire intervenir l’association Equiterre, qui a invité les riverains mais également les associations, lobbys, paroisses et partis politiques locaux à plusieurs ateliers pendant l’hiver 2014-2015.

Cinq architectes, dont Jean-Michel Wilmotte, dessineront ainsi les immeubles. “Nous nous sommes aussi inspirés de l’écoquartier Eikenøtt, égale- ment réalisé par Losinger Marazzi, à Gland, pour les locaux associatifs du rez-de-chaussée de la place publique, précise Thierry Denuault. Ils seront exempts d’un impératif de rentabilité et pourront abriter un salon de thé par exemple, générant de la convivialité dans le quartier. Ils seront gérés par l’association de copropriétaires volontaires.” Une exposition et une séance de restitution ont été organisées en mars suivant pour faire connaître les “envies” retenues.Un site internet, Morges Dialogue, a été ouvert pour toute la durée du projet. “Nous ne cherchons pas nécessairement à ce qu’il n’y ait aucune opposition, conclut Claudia Bogenmann. Au contraire, nous sommes aussi là pour soulever les éventuels conflits et les régler ensemble.”

Il est essentiel de fixer un cadre pour que les personnes comprennent qu’elles sont consultées mais que tous leur desiderata ne seront pas forcément satisfaits. Pour être crédible, cette démarche doit avoir lieu avant l’enquête publique et se poursuivre pendant la construction, avec les futurs occupants.
Vincent Jaques
Syndic de Morges
Losinger Marazzi a agrandi les fenêtres de l'ancienne Poste de Berne en remplaçant les poteaux préexistants par des poutres préfabriquées plus étroites : une variante qui lui a permis de remporter le projet.
L'ancienne Poste de Berne reconvertie en hôtel et appartements haut de gamme.
Thierry Denuault, directeur du Développement immobilier pour la Suisse occidentale chez Losinger Marazzi, et Sasha Edelmann, chargé de communication chez Losinger Marazzi.