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Embarquement immédiat pour Madagascar

Reportage
5 min
10/12/2018

Madagascar

Après l’aéroport d’Iqaluit dans le Grand Nord canadien, Colas et Bouygues Construction réalisent les travaux de modernisation de ceux d’Antananarivo et de Nosy Be. Un défi logistique relevé avec succès grâce aux synergies entre les deux métiers du Groupe.
Par Thomas Vitry

UNE LOGISTIQUE MILLIMÉTRÉE

Vingt-deux heures trente. Il fait nuit noire aux environs d’Antananarivo, la capitale malgache. Rares sont les véhicules à s’aventurer sur les routes non éclairées de ce pays où moins de 10% de la population a accès à l’électricité. Pourtant, à quelques encablures, une intense activité règne : près de 150 compagnons de Colas Madagascar sont à l’œuvre sur la piste de l’aéroport d’Ivato, le plus grand de “l’île Rouge”. Quatre nuits par semaine de 20 h à 6 h du matin, les équipes réhabilitent la piste principale de 3 100 mètres. Un enjeu logistique de taille, comme le décrit Alain Chauvet, directeur de projet chez Colas Madagascar : “C’est une course contre la montre, car la piste doit être entièrement fonctionnelle à 6 h du matin pour accueillir les premiers avions. Nous ne pouvons donc pas nous permettre le moindre faux pas”. Sur place, c’est un ballet réglé au millimètre qui s’opère. Pendant qu’une raboteuse décape la piste sur les zones de toucher et de freinage des avions, des compagnons mettent en oeuvre le procédé Colgrill R, enrobé armé composé d’une grille de verre thermocollée, qui permet d’augmenter la durée de vie du revêtement. Plus loin, une répandeuse applique la couche d’accrochage. Au total, ce sont 70 000 tonnes d’enrobés qui seront mises en œuvre en quelques mois, à rapporter aux 10 000 à 15 000 tonnes produites en moyenne chaque année par Colas Madagascar.

Peu avant 6 h du matin, les équipes de Colas et de Ravinala Airports, le concessionnaire du projet1, inspectent la piste afin de la rouvrir au trafic. Dans la foulée, d’autres équipes de Colas prennent le relais afin de réaliser les travaux de VRD (voiries et réseaux divers), la construction de la station d’épuration, etc. Travailler en milieu aussi contrôlé qu’un aéroport requiert des conditions de sécurité drastiques. “Chaque personne ou matériel entrant sur le chantier doit être fouillé”, détaille Miadana Randriamihoajaka, responsable Sécurité, Sûreté et Environnement.

1. Ravinala Airports est composé de Groupe ADP (35%), Bouygues (20%, Bouygues Bâtiment International et Colas à parité), et Meridiam (45%).

20h à 06h
4 fois par semaine

LA RSE, un enjeu capital

À Madagascar, l’impact sociétal des entreprises est très fort. Colas Madagascar a de longue date mis en place une politique de responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE) : “Nous avons, par exemple, ouvert au sein de notre siège un centre médical, explique Philippe Giordanella, responsable Communication, Sûreté et Services généraux de Colas Madagascar. Nous avons recruté du personnel médical qui soigne gratuitement tous les collaborateurs et leurs familles”.

La société de projet CMBI, qui réunit Colas Madagascar, Colas Projects et Bouygues Bâtiment International, n’est pas en reste : “Nous avons réalisé un audit du système de santé, recruté une infirmière urgentiste sur le chantier et acquis le matériel pour pouvoir évacuer un blessé sur l’île de La Réunion en cas d’accident grave, détaille Philippe Gesret, gérant de CMBI. Nous avons également convaincu tous nos partenaires de nous accompagner dans la réalisation d’un centre d’accueil pour enfants défavorisés, un projet soutenu par Terre Plurielle, la fondation de Bouygues Construction, qui me tient particulièrement à cœur.”

MISER SUR LES SYNERGIES

Autre particularité : le travail main dans la main de Colas et Bouygues Construction, dont c’est la première incursion sur l’Île Rouge. En effet, la société de projet CMBI est constituée à parité de Bouygues Bâtiment International, Colas Madagascar et Colas Projects. Des synergies qui ont fait pencher la balance au moment de l’attribution du contrat, éclaire Thibaut Servant, directeur de projet adjoint de CMBI et directeur de projets de Colas Projects : “Chaque année, Colas réalise dans le monde 80 000 petits et grands chantiers de construction et de maintenance d’infrastructures grâce à son réseau d’agences, proches de leurs clients. Mais on ne gère pas un grand projet comme un ‘petit’ chantier. Nous avons donc misé sur les synergies entre la connaissance locale et le soutien logistique de Colas Madagascar, et l’expérience de Bouygues Bâtiment International en matière de grands projets”.

C’est Colas Projects, entité créée en 2017 pour répondre à des offres complexes et accompagner les filiales de l’entreprise dans ces grands projets, qui a assuré l’interface avec Bouygues Construction. Avec succès. “Nous avons réuni le meilleur des deux mondes, confirme Philippe Gesret, gérant de CMBI et directeur de projet. Notre association avec Colas Madagascar a été évidente, car ils sont implantés de longue date dans le pays. Côté Bouygues Bâtiment International, nous nous sommes appuyés sur nos expériences aéroportuaires comme Zagreb, Chypre, ou encore Iqaluit, dans le Grand Nord canadien.”

Entre Colas et Bouygues Bâtiment International, nous avons réuni le meilleur des deux mondes sur ce projet.
Philippe Gesret
gérant de CMBI et directeur de projet
Objectif1 million
De passagers par an

Des atouts fondamentaux dans ce pays peu habitué aux travaux de cette ampleur. “Nous sommes en conception-construction, ce qui est confortable car nous sommes impliqués sur le projet de A à Z, commente Clément Larher, responsable de travaux pour Colas Madagascar. Mais cela nous impose d'avoir une rigueur extrême et des collaborateurs expérimentés et formés.”

Les ressources humaines, autre sujet essentiel pour Philippe Gesret : “Les collaborateurs locaux ont un fort potentiel et nous avons fait un effort important sur la formation. Ce transfert de compétences nous a permis d’embaucher une main-d’œuvre à 95 % malgache.”

En cette fin de saison des pluies, le temps est changeant et la température n’excède pas les 25 degrés. Des conditions idéales pour avancer au mieux sur la charpente métallique de la nouvelle aérogare. “Le nouveau terminal fait 17 500 mètres carrés et sera aux standards internationaux, développe Bastien Sauvet, responsable de production de CMBI. Il permettra à Ravinala Airports de viser le million de passagers par an et d’améliorer leur accueil.” En pointe, 400 collaborateurs ont œuvré sur ce bâtiment qui sera aux normes environnementales Edge.

Les travaux de la piste, qui représentent près de 35 % du chantier global, seront terminés à l’été 2018. Les équipes de Colas Madagascar réaliseront ensuite la déconstruction d’une zone militaire attenante, qui sera transformée en parking visiteurs. De leur côté, les compagnons de Bouygues Bâtiment International termineront les travaux du nouveau terminal, pour une livraison complète du projet à l’été 2019. Sur la piste, un Airbus A-330 d’Air Mauritius décolle avec à son bord Hery Rajaonarimampianina, le président malgache. “Ce projet est passionnant, résume Clément Larher, suivant l’appareil des yeux depuis le tarmac. Je souhaite qu’il soit un tremplin pour tous nos collaborateurs malgaches et une vitrine pour l’ensemble du Groupe.”

NOSY BE, LE DÉFI LOGISTIQUE

En plus d’Ivato, CMBI est en charge des travaux de l’aéroport Fascène de Nosy Be, une île au nord du pays. Au programme : réhabilitation de l’aérogare de 2 000 mètres carrés par Bouygues Bâtiment International, renforcement de la piste et des taxiways – 20 000 tonnes d’enrobés mises en œuvre – et réalisation de travaux annexes par Colas Madagascar, le tout sans jamais perturber le trafic aérien.

Le chantier est plus petit mais complexe d’un point de vue logistique. “C’est une île dans une île, confirme Alain Chauvet, directeur de projet. Nous n’avions rien sur place, donc il a fallu faire venir tous les matériaux et matériels par voie maritime au port de Toamasina puis par la route, et enfin par barge.”

Colas Madagascar est une institution
Richard FerraziDirecteur général de Colas Madagascar
Interview de Richard Ferrazi
En quoi ce projet sur les aéroports d’Antananarivo et de Nosy Be est-il important pour Colas Madagascar ?

Pour plusieurs raisons : c’est un contrat important – 142 millions d’euros, dont 68 millions d’euros pour Colas – et complexe, en conception- construction-concession. C’est donc un gros projet pour Madagascar. Ensuite, Colas Madagascar, qui est implanté ici depuis plus de 60 ans, est une institution. Ce chantier nous permet de montrer que l’on peut mener des projets complexes et que les entreprises et les investisseurs peuvent travailler ici dans de bonnes conditions.

Comment Colas se positionne-t-il dans le pays ?

Les besoins d’infrastructures à Madagascar sont colossaux. Nous avons identifié plusieurs grands projets sur lesquels nous positionner, à condition qu’ils s’inscrivent dans une politique générale cohérente de la part du gouvernement. L’enjeu ici est la stabilité politique. Sans cela, les bailleurs de fonds seront réticents, alors que le pays dispose de ressources et d’un potentiel immenses.

Aujourd’hui, nous sommes environ 2 200 collaborateurs. Nous travaillons comme une agence locale : nous devons donc être intransigeants sur le respect, l’éthique et le savoir-être.

Grâce au nouveau terminal, le concessionnaire Ravinala vise le million de passagers par an à Ivato
Robinson Rakotomalala, chef mineur à la carrière PK 13 de Colas Madagascar