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À LONDRESLa protonthérapie s’installe pour lutter contre le cancer

Reportage
10 min
09/05/2019

londres

En 2020, un centre de protonthérapie à haute énergie spécialisé dans le traitement du cancer verra le jour dans la capitale britannique. Une véritable alternative à la radiothérapie, qui changera la vie de nombreux patients. Bouygues UK, en groupement avec Bouygues Travaux Publics, réalise la conception et la construction de cet ouvrage aussi atypique que complexe.
Par Isabelle Godar

UN ÉTABLISSEMENT à LA POINTE DE LA TECHNOLOGIE

Il est 17h en ce mois de septembre et les rues de Fitzrovia s’animent. Écoliers en uniforme, fashionistas au look détonnant, cols bleus et cols blancs se croisent sur les trottoirs de ce quartier central de Londres. Derrière un petit bâtiment de briques rouges abritant un pub, s’érigent les premiers étages du futur centre de protonthérapie de l’University College London Hospitals (UCLH). L’établissement, dont l’ouverture est prévue en juillet 2020, accueillera l’un des deux seuls centres britanniques bénéficiant d’une technologie de pointe dans le traitement du cancer. À quelques rues de l’actuel UCLH, Bouygues UK et Bouygues Travaux Publics réalisent au sein d’un groupement intégré la construction d’un nouveau bâtiment. Il hébergera 107 lits hospitaliers dans les niveaux supérieurs, et huit blocs opératoires ainsi qu’un centre de traitement du cancer par protonthérapie dans les sous-sols. Démarrés en 2015 avec les phases de démolition, de terrassement et de construction des fondations qui ont duré 18 mois, les travaux mobiliseront près de 400 collaborateurs en période de pointe.

EXCAVATION DE GRANDE AMPLEUR

En juin et juillet derniers, le cyclotron (l’accélérateur de particules qui produit les protons) ainsi que les équipements de l’une des quatre chambres de traitement ont été livrés sur le chantier. Spectaculaire par son poids (70 tonnes) par rapport à sa taille (celle d’une voiture), le cyclotron a parcouru 640 kilomètres depuis l’Allemagne, où il a été construit, avant d’être déposé dans son enceinte en béton, à l’aide d’une grue mobile de 750 tonnes. Du fait de l’emplacement en centre-ville de l’ouvrage, des contraintes de place associées et des caractéristiques de la technologie de protonthérapie, le centre de traitement prend place dans la partie souterraine de l’ouvrage1. “Il s’agit de la plus importante excavation de cette profondeur jamais réalisée à Londres”, précise Charles Pérès, directeur du projet.

Près de 80 000 mètres cube de matériaux ont été extraits lors du creusement de ce gigantesque trou de la taille de 650 bus londoniens !

1. L’expertise de Bouygues Travaux Publics en matière de génie civil a permis de mener à bien l’excavation en grande profondeur de la partie souterraine du projet.

Steeve Meecham, responsable des travaux de génie civil
Comment fonctionne un cyclotron ?
Le cyclotron est un accélérateur de particules délivrant des protons (le proton est le noyau de l’atome d’hydrogène). Refroidi à - 269°C par de l’hélium liquide, il accélère les protons issus de l’hydrogène gazeux ionisé à une vitesse pouvant atteindre 73 % de la vitesse de la lumière. Guidés grâce à des aimants le long d’une ligne de faisceau jusqu’à la chambre de traitement, les protons sont envoyés de façon ultra précise sur la tumeur du patient sans endommager les cellules saines.

L’environnement, très urbanisé, et la proximité avec les bâtiments voisins n’a pas rendu la tâche facile aux équipes de Bouygues Travaux Publics à la manœuvre. “Nous avons creusé le sous-sol jusqu’à une profondeur de 28 mètres, en passant sous la nappe phréatique et à seulement 10 mètres d’une ligne de métro. Pour atteindre une telle profondeur, nous avons dû construire une paroi moulée soutenue par quatre niveaux de butons2”, ajoute Steve Meecham, responsable des travaux de génie civil. À cet effet et aussi pour répondre aux besoins d’absorption des rayonnements produits, des murs et des dalles en béton de grande épaisseur, jusqu’à 2,50 mètres, ont été installés autour du cyclotron. “La quantité de béton par surface de plancher utilisée est gigantesque, avec 80% du volume situé dans les niveaux inférieurs du bâtiment. C’est comme si l’on y construisait une mini centrale nucléaire.”

2. Élément d’étaiement en londres ou en métal, utilisé en particulier dans les blindages de fouille et les soutènements provisoires.

Gérald Farque
Directeur Grands projets
chez Bouygues UK
Notre groupement allie l’expérience de Bouygues UK dans la construction d’hôpitaux – avec six références en Angleterre – et l’expertise de Bouygues Travaux Publics dans le génie civil et la construction d’infrastructures nucléaires.”

COORDINATION SANS
FAILLE

Des lignes entières de tuyauteries sont disposées de part et d’autre des couloirs dans les étages inférieurs, dans l’attente d’être installées. Au total, ce sont plus de 8 kilomètres de tuyaux et un grand nombre de conduits électriques qui seront incorporés dans la structure en béton pour répondre, entre autres, aux besoins de refroidissement colossaux requis pour le fonctionnement du cyclotron et des chambres de traitement. Il a fallu prendre en compte la livraison et la mise en place des derniers équipements de protonthérapie, de façon à perturber le moins possible les autres activités du chantier. Compte tenu du nombre d’opérations simultanées à mener et de la diversité des travaux, une maquette numérique a été mise en œuvre pour faciliter la coordination entre les différents intervenants. “Nous avons été novateurs en mettant en œuvre dès le début une version très avancée de la maquette numérique, développée de la 3D jusqu’à la 6D. Cette dernière sera utilisée pour la maintenance de l’ouvrage, explique Gérald Farque, directeur Grands projets chez Bouygues UK. Une utilisation vouée à se généraliser dans l’industrie dans les années à venir.” Sur ce chantier complexe, l’engagement des équipes de Bouygues Construction est total. Comme le résume Charles Pérès : “Œuvrer pour un projet qui vise à améliorer les chances de guérison de jeunes patients est un privilège en même temps qu’une source de motivation partagée par tous.”

Deux questions à...

Dr Yen-Ch’ing Chang, Service de radiothérapie de l’UCLH
En quoi la protonthérapie améliorera-t-elle le traitement du cancer ?
La protonthérapie est une alternative à la radiothérapie qui a la propriété d’éliminer les impacts sur les tissus sains qui se trouvent autour de la tumeur à traiter. Cela présente un intérêt tout particulier lorsqu’il s’agit de soigner des enfants et des adolescents, qui continuent leur croissance. Elle permet également de réduire les probabilités de rechute et l’impact qu’une radiothérapie classique peut avoir sur la fertilité.
Qu’attendez-vous de ce centre de protonthérapie ?
Disposer d’un centre de protonthérapie à l’UCLH va changer la vie des familles britanniques qui jusqu’à présent devaient se rendre dans d’autres pays européens ou aux États-Unis, avec tout l’impact que la distance pouvait avoir sur leur équilibre. Nous pourrons traiter près de 750 patients par an et beaucoup plus de jeunes et d’adultes dont les cancers touchent des zones quasi inaccessibles ou localisés à proximité d’un organe vital, comme par exemple le cerveau, la région abdominale, ou encore la moelle épinière.
©Crédit photo : Jérémie Souteyrat
L'extension du University College London Hospitals hébergera un centre de traitement du cancer par protonthérapie, 8 blocs opératoires et 107 lits hospitaliers.
Pendant la construction des étages supérieurs, une grue mobile installe au 4e sous-sol le matériel de protonthérapie. Une couverture de protection est pliée et dépliée au-dessus des équipements selon les besoins.
En raison des rayonnements émis par le cyclotron, la structure en béton qui loge l'appareil a été construite au 4e soul-sol du bâtiment.
Jusqu'à 400 collaborateurs travailleront en pointe sur le chantier.