L'Hôtel de la Marine
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Ange-Jacques Gabriel est un enfant de l'architecture du
XVIIIe siècle, qui réussit à allier le mouvement du baroque et la stature hiératique du néo-classicisme.

Loin de l'exubérance du Bernin, il incarne la simplicité des choix architecturaux, le sens de l'harmonie urbaine, et l'élégance monumentale.

Son grand-père était déjà architecte ; son père a notamment édifié l'hôtel de ville de Rennes. Il devient lui-même l'architecte préféré de Louis XV pendant près de trente ans. Malgré les difficultés financières du royaume dues à la ruineuse guerre de Sept ans, il construit notamment la place Louis XV, l'Ecole militaire, plusieurs résidences royales et l'opéra de Versailles.


Le projet de construction de la place Louis XV s'inscrit dans la tradition des places royales. En 1750, il y avait déjà à Paris quatre places dédiées à un souverain. Le roi se donne à voir, et aménage du même coup certains quartiers de la ville jusqu'alors délaissés. La place est en général construite autour de la statue royale.


Place des Victoires
A cet égard, la place des Victoires est emblématique de la symbolique du pouvoir : le duc de la Feuillade l'a offerte au roi, et Hardouin-Mansart a imaginé la structure de la place pour que tout passant voie la statue éclairée de jour comme de nuit par des flambeaux, quelle que soit la rue par laquelle il parvient à la place des Victoires.


Le projet de la place Louis XV, aujourd'hui place de la Concorde, a été lancé en 1748 par la municipalité parisienne, ce qui ne plaçait pas Gabriel au nombre des favoris, puisqu'il était déjà le premier architecte du roi. Le premier concours a porté sur le choix de l'emplacement, car il fallait veiller à mettre en valeur un quartier populaire ou éloigné.

Le quartier de la place de la Concorde est alors hors de la cité, et marécageux, entre le pont des Tuileries et les Champs Elysées. Il appartenait au roi, qui le tenait de la succession du banquier en faillite John Law. Le roi avait alors décidé d'en faire cadeau à la municipalité. Plusieurs membres de l'académie d'Architecture proposent des plans, qui ne satisfont pas le souverain. Gabriel a aussi fait une première ébauche, qui n'a pas plus séduit. L'architecte du roi est donc prié par Louis XV et Marigny, le surintendant des bâtiments, de réunir les projets de ses confrères et d'en garder le meilleur.


  Le projet de Gabriel pour la place Louis XV
Gabriel cherche donc à ouvrir des perspectives nouvelles dans la ville : un seul côté est construit, les deux autres devant être occupés par des jardins, le troisième dévoilant la Seine. Ce choix de Gabriel d'inscrire la place au cœur d'un espace urbain aéré fera des émules, par exemple à Nancy, avec la place Stanislas. Il retient aussi les idées de plusieurs de ses confrères : limiter l'aspect marécageux du site en élevant des douves, et couper l'axe est-ouest des Tuileries et des Champs-Elysées par la rue Royale.


Il imagine donc les projets des deux hôtels particuliers placés de part et d'autre de la rue Royale. L'un est bordé d'une part par la rue Bonne-Morue (actuelle rue Boissy d'Anglas) : on le connaît actuellement sous le nom de l'hôtel Crillon. De l'autre côté, l'Hôtel de la Marine, alors Garde-meuble royal, est borné par la rue Saint Florentin, qui porte encore ce nom.
Ces deux œuvres s'inscrivent dans une tradition architecturale profondément française : la colonnade, plutôt rare dans l'œuvre de Gabriel, s'inspire directement des colonnes corinthiennes du Louvre. Le péristyle qui s'avance sur la place sert de balcon à des appartements d'apparat. Le style néoclassique de la façade est encore souligné par les ornements des pavillons latéraux, héritage antique : trophées, consoles, médaillons et coquilles égaient le bâtiment. Les groupes allégoriques des frontons ont été taillés notamment par le sculpteur Guillaume II Coustou.
Le bâtiment reçoit un accueil plutôt favorable de ses contemporains : il correspond au goût de l'époque d'une architecture élégante et sobre. Il symbolise l'extension de la surface urbaine par la construction d'une place sur laquelle se pressent souvent les parisiens, et qui est devenue profondément populaire.
 



(Mise à jour : août 2007)