« Je suis choqué par l'attitude du CSA »

Martin Bouygues, PDG du groupe Bouygues : « Je suis choqué par l’attitude du CSA »

TF1 s’inquiète du contrôle de M6 par Bertelsmann. Le 21 novembre, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a conditionné le départ de Suez du capital de M6 au contingentement de RTL Group (Bertelsmann) à 34% des droits de vote. Une décision qui fait néanmoins du groupe allemand l’actionnaire de référence de la chaîne privée. Martin Bouygues, PDG du groupe éponyme, opérateur de TF1, réagit à cette décision qui, selon lui, « bouleverse l’équilibre audiovisuel ».
Cet entretien a été relu et amendé par M. Bouygues.

Vous avez demandé à être entendu par le CSA sur le dossier M6. Pourquoi ?

C’est une affaire très grave pour l’audiovisuel français et je suis choqué par l’attitude du CSA. Bouygues est actionnaire de TF1 depuis seize ans, et pour la première fois j’avais demandé au CSA à être entendu avec Patrick Le Lay -président de TF1- sur le sujet. Nous avons été reçus le 20 novembre à 17 heures par le président et des membres du conseil. Ils nous ont écoutés, ont demandé la note que nous avions rédigée, ont semblé s’intéresser à nos arguments, alors même que leur décision était prise, puisqu’elle était publiée dès le lendemain matin. Mais ils ne nous l’ont pas dit.

Qu’est-ce qui vous choque dans le fait que Suez vende sa participation dans M6 ?

Ne soyons pas naïfs. La vente de la participation de Suez dans M6 bouleverse l’équilibre audiovisuel. Alors que la chaîne n’a déjà pas les mêmes obligations que TF1, elle va se retrouver dans une situation encore plus favorisée. Cette chaîne française va passer sous le contrôle d’un des premiers groupes mondiaux audiovisuels, Bertelsmann. Certes, les salariés sont français, mais le pouvoir est désormais allemand. M6 s’inscrira dans un ensemble, avec d’autres chaînes thématiques, tout un réseau européen que Bertelsmann va chercher à optimiser. Cela crée une distorsion de concurrence.

En quel sens ?

Depuis seize ans, nous sommes soumis à une réglementation hypertrophiée et une somme de contraintes qui ne cessent d’augmenter. Pour Eurosport, on nous impose les règles françaises, même quand nous diffusons en allemand en Allemagne. Dans le même temps, Bertelsmann, depuis l’Allemagne, peut éditer et diffuser ses programmes en France, sans les contraintes du CSA, comme cela est actuellement le cas pour RTL 9, la chaîne du groupe AB.

Attendez-vous des contreparties du gouvernement ?

Je ne demande rien. Je déplore seulement que des décisions si graves soient prises sans concertation. Pourquoi n’a-t-on pas voulu entendre l’avis de TF1, acteur crédible de l’audiovisuel français depuis 1987, avant de décider ? Personne ne s’interroge sur l’évolution de notre audiovisuel. Pourquoi au bout de seize ans de législation en tout genre n’avons-nous pas réussi à bâtir un secteur solide. L’affaire M6 est une nouvelle illustration de cette politique.
Je demande juste à TF1 de tirer les conclusions de ce nouvel environnement. Pourquoi s’interdire d’étudier la création d’une chaîne qui échapperait aux contraintes de la législation française ?

Cela peut-il vous inciter à discuter d’un rapprochement entre TPS et CanalSatellite ?

Pas du tout. Il n’y a aucune raison de rapprocher ces deux bouquets satellites.

On vous dit intéressé par une reprise d’une partie des actifs d’Editis. Qu’en est-il ?

Le groupe Bouygues n’a pas de discussion avec le groupe Lagardère à ce sujet.

Propos recueillis par Martine ORANGE
 


(Mise à jour : octobre 2015)