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Nouvelle icône parisienne

Reportage
6 min
01/06/2017
Bâtiment phare
Bouygues Construction a réalisé en conception-construction un nouveau bâtiment phare à Paris : le centre spirituel et culturel orthodoxe russe inauguré le 19 octobre dernier. Quand la tradition rencontre la modernité.
Soutane noire et croix dorée autour du cou le père Maxime Politov marque un arrêt devant la porte de la cathédrale de la Sainte-Trinité. « L’église est orientée Est-Ouest, observe avec un léger accent slave le vicaire général du diocèse de Chersonèse1. Elle regarde vers l’Orient et le soleil levant, symbole du Christ ressuscité. »

L’édifice religieux s’élève au cœur du VIIe arrondissement de Paris. Un centre culturel, un centre paroissial et une école complètent ce projet, pensé comme un quartier et traversé d’une percée reliant le quai Branly à l’avenue Rapp. 4 240 m2 sur lesquels se dressait l’ancien siège de Météo France.
Ce projet est le plus
exceptionnel de ma carrière
Jérome Ansaldi
directeur de Production chez Bouygues Bâtiment Île-de-France - Construction Privée

Un terrain acheté à l’État français par la Fédération de Russie en 2010 pour
73 millions d’euros et un voisinage pas banal, et surtout ultra-sécurisé, dont il a fallu tenir compte : le Palais de l’Alma, qui abrite services postaux et appartements du personnel de l’Élysée. Après deux ans de construction pure, malgré quelques montagnes – pas vraiment russes – à gravir pour obtenir le permis de construire définitif et de nombreux aller-retour entre Paris et Moscou, le même sentiment est partagé par tous : la joie d’avoir participé à une aventure historique, à la fois technique et humaine.
« Ce projet, dont la dimension religieuse et culturelle est immense, est le plus exceptionnel de ma carrière, témoigne Jérôme Ansaldi, directeur de Production chez Bouygues Bâtiment
Ile-de-France - Construction Privée. Et le fait que le chantier ait été réglé à 100 % le jour de la réception montre la grande relation de confiance que nous avons su instaurer avec le client. »
DÔMES COMPOSITES
Exit la charpente traditionnelle en bois, recouverte de feuilles de cuivre martelées et d’or : les dômes de la cathédrale, si caractéristiques de l’architecture orthodoxe russe, s’inscrivent résolument dans le XXIe siècle. L’architecte Jean-Michel Wilmotte les souhaitait lisses, aux joints imperceptibles. « Nous avons eu l’idée de nous tourner vers la société Multiplast, basée à Vannes et spécialisée dans la fabrication de coques de bateaux en matériaux composites », raconte Ghislain Martineau, chef de service adjoint Travaux chez Bouygues Bâtiment Ile-de-France - Construction Privée et mandataire du groupement de conception/construction. Challenge relevé haut la main par l’entreprise qui avait pour seule expérience dans le bâtiment la réalisation de petits dômes factices pour Disneyland Paris.

Chaque bulbe se compose de plusieurs pétales en fibre de verre et résine époxy coulés dans des moules spécifiques et d’un cône terminal supportant une croix. Le plus gros d’entre eux mesure 11,5 mètres de haut, les quatre petits, six mètres. Quant à leur couleur, la mairie de Paris ne les voulait pas trop clinquants. Wilmotte a alors imaginé un alliage d’or et de paladium aux reflets mats : moon gold, c’est le nom de cette teinte dont les nuances varient suivant la lumière du ciel. 90 000 feuilles d’or de huit centimètres de côté, extrêmement fines – 0,35 microns –, appliquées à la main, pour un total de seulement... deux kilos et demi d’or !
Le saviez-vous ?
UNE PROUESSE SUSPENDUE
Dans le centre paroissial, un auditorium semi-circulaire de 209 places (dont dix réservées aux personnes à mobilité réduite) a pris place au rez-de-chaussée du bâtiment. Il pourra accueillir toutes sortes d’événements, tels que conférences, concerts et projections de films. Véritable prouesse technique, la structure de l’auditorium est suspendue.

En vue d’optimiser l’acoustique, les parois intérieures ont été travaillées en panneaux de bois microperforés et les sièges recouverts de tissu. Quant à la régie, elle est isolée de la salle par une paroi en dacryl ultrarésistante.
« La réalisation en composite de ces dômes est un procédé complétement novateur aux multiples avantages », souligne Etienne Dumas, directeur Travaux chez Bouygues Bâtiment Ile-de-France - Construction Privée. Respect du dessin architectural, gain considérable en termes de poids (le grand bulbe qui aurait pesé 42 tonnes en matériaux traditionnels ne pèse plus que huit tonnes) et la possibilité pour les ateliers Gohard, chargés de la dorure, de travailler dans les ateliers de Multiplast et non in situ, comme cela se pratique habituellement. Le doreur était ainsi protégé des intempéries aux conséquences parfois non négligeables sur le planning. Au-dessus des cinq dômes, symbolisant le Christ et les quatre évangélistes, se dressent les croix, elles-aussi dorées en France mais fabriquées en Russie. Tous comme les dix cloches, abritées dans le bâtiment du centre culturel et qui, selon la tradition orthodoxe, ne portent pas de nom et... ne sont pas accordées.
TRAVERSER LES SIÈCLES
« Prenez votre temps, vous allez construire pour l’éternité. » Ces mots prononcés par Monseigneur Nestor, évêque de Chersonèse, aux équipes de Bouygues Bâtiment Ile-de-France, éclairent les partis-pris architecturaux et le choix des matériaux d’un jour nouveau. Mille-feuilles de pierre et de verre, les façades des bâtiments du Centre spirituel et culturel éclatent de blancheur sous le soleil d’automne. Pour obtenir cette façade double-peau, alternance de pierre massive et de verre, pas moins de 12 000 modules aux multiples profils ont été réalisés, dont 72 uniques pour la cathédrale et 25 pour les trois autres bâtiments.

« Chaque rang de pierre de l’église a un profil spécifique, explique Thomas Rousseau, chef de service Travaux chez Bouygues Bâtiment Ile-de-France - Construction Privée. Cela a nécessité la réalisation de 72 assises de pierre différentes. Chaque pierre - unique - a été fabriquée puis emballée dans un ordre bien précis : une organisation rigoureuse et une construction industrialisée. Il a fallu créer autant de meuleuses que de profils de pierre. »

Une quinzaine de compagnons a été mobilisée pendant dix mois pour façonner les
1 600 m³ de pierre blanche de Massangis, extraits en Bourgogne. Autre particularité sur la façade de l’édifice religieux : tous les quatre ou cinq rangs de pierres, un angle a été façonné en verre plié et recouvert de feuilles d’or. Un travail exigeant pour l’artisan-verrier de l’atelier Emmanuel Barrois et presque un an d’essais pour aboutir au résultat souhaité.
Grand Dôme :
8,2 tonnes ; 11,5 mètres
Croix :
3,3 mètres
Petits Dômes :
2 tonnes ; 6,11 mètres
Croix :
2,3 mètres
90 000
feuilles d’or pour 2 kilos d’or
1 600 m³
de pierres de Massangis de Bourgogne

À l’intérieur, loin du faste orthodoxe, les murs de la cathédrale sont encore d’un blanc virginal. Il faudra attendre deux ou trois ans pour admirer les fresques qui les recouvriront. Mais impossible d’apposer ces peintures, constituées de pigments naturels comme au XVe siècle, sur des murs lisses ! Sur les voiles2 de dix-sept mètres de haut coulés en une seule levée – une performance – un enduit russe traditionnel a été mis en œuvre par les compagnons français, spécialement formés pour l’occasion.

Après avoir doublé le mur de briques (une étape indispensable pour la pose de cet enduit), neuf à treize couches ont été appliquées. L’objectif : obtenir des murs irréguliers, afin de donner du relief à la future fresque et la rendre plus vivante. Le 4 décembre, dans les effluves d’encens, le patriarche Cyrille 1er de Moscou, est venu consacrer la nouvelle cathédrale. Cinq nouvelles flammes d’or brillent dans le ciel parisien.

1. Le diocèse de Chersonèse regroupe les paroisses du patriarcat de Moscou en France, en Espagne, en Suisse et au Portugal.
2. Murs en béton.
Alternance de pierre blanche de Massangis
et de verre sur les façades des bâtiments
du Centre spirituel et culturel orthodoxe russe.
La teinte moon gold des dômes a été
obtenue à partir d’un alliage d’or et de
paladium.
Intérieur de la cathédrale.
D’ici deux à trois ans,
les murs seront peints de fresques
L’intérieur de le cathédrale