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Contraintes extrêmes

Reportage
10 min
18/04/2017
Grand nord
Intervenir sous toutes les latitudes, Colas sait faire. Et particulièrement dans des conditions climatiques rudes. Un reportage au bout d’un monde, en Islande et au Groenland.
En cette mi-août islandaise, le vent qui balaie la péninsule de Reykjanes, à l’extrême Sud-Ouest de la terre de glace, annonce fraîchement la fin de l’été. Platitude infinie des champs de lave où la mousse s’évertue à pousser : telle est la vision inaugurale des passagers à destination de l’aéroport international de Keflavík, non loin de la capitale Reykjavik.

À l’intérieur du site, les noires étendues se changent en vastes pistes qui accueillent les Boeing d’Icelandair et les Airbus de Wow. Le ballet des avions qui décollent ou se posent toutes les deux minutes en cette saison hautement touristique ne semble pas perturber les équipes de Colas, à 90 mètres de là, en pleine rénovation des deux pistes principales et de deux taxiways. Une quarantaine de collaborateurs et de sous-traitants seront ainsi mobilisés sur ce projet d’ici à 2018. Il s’agit du plus gros contrat de Hlaðbær-Colas, la filiale islandaise de Colas, depuis sa création : 22 millions d’euros.
Avant le gel
Les compagnons profitent donc de l’été pour avancer au maximum avant novembre, la pluie et le gel, qui empêchent la production et la mise en œuvre d’un enrobé de bonne qualité. Ils calent leur rythme sur celui du soleil, qui ne se couche presque pas pendant trois mois, ce qui les mène parfois à rester sur le chantier jusqu’à près de minuit1. En dessous de 5°C, l’enrobé refroidit trop vite en effet et les conditions de compactage ne sont pas remplies. L’eau qui pénètre à l’intérieur risque de faire éclater la chaussée. Outre le gel, la neige complique encore le travail des constructeurs dans le pays car les pneus cloutés abîment terriblement les routes. Il n’est pas rare de voir, à la fonte des neiges, des chaussées creusées en leur centre comme par des pistes de ski de fond. Selon Sigthór Sigurdsson, le patron de Hlaðbær-Colas, « en Islande, les routes principales nécessitent une maintenance tous les cinq à sept ans », contre le double en France. L’Islande est une île volcanique, ainsi que le monde entier l’a découvert lors de l’éruption de l’Eyjafjallajökull en 2010. Mais les roches basaltiques sont souvent trop jeunes et donc trop molles et trop poreuses pour servir de matériaux de construction.

Les granulats doivent être importés de Norvège par bateau de 10 000 ou 25 000 tonnes, quatre à six fois par an (le double avec le grand projet de Keflavík). Le déchargement peut prendre jusqu’à douze heures. Le bitume est également livré depuis la Scandinavie, ou parfois le Royaume-Uni, avec la même fréquence, par cargaison de 3 000 tonnes.
1. Dans un cadre réglementé : dans une amplitude de 13 heures à la suite.
Islande
Iceland flag 64°08′07″ N · 21°53′43″ W
13 000 km de routes, le plus grand réseau d’Europe par rapport à la population (330 000 habitants).
Dénicher des recrues
Depuis 1995, Hlaðbær-Colas est la plus grande entreprise de l’île à produire des enrobés, qu’elle vend à plusieurs petites sociétés locales. Puisque les chantiers se déroulent l’été, ses équipes et leurs sous-traitants enchaînent parfois jusqu’à onze jours de travail, suivis de trois jours de pause. Les effectifs de l’entreprise passent alors d’une quarantaine de personnes à 80. Dénicher autant de nouvelles recrues n’est pas facile, car à cette époque, c’est tout le pays qui a besoin de main d’œuvre pour accueillir l’afflux de 1,7 million de touristes annuels.

Hlaðbær-Colas embauche donc de nombreux étudiants, comme Erlingur, futur informaticien au catogan blond et yeux bleus, rencontré sur le chantier de réfection de l’autoroute de Reykjavik. Les collaborateurs apprennent le métier aux jeunes, qui reviennent parfois d’un été sur l’autre. L’hiver, au contraire, les journées de travail sont courtes. Et l’activité change du tout au tout puisqu’alors quatre équipes sillonnent le pays en voiture 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 pour vérifier l’état des routes et lancer les opérations de déneigement. La polyvalence : une qualité indispensable ici.
Le saviez-vous ?
La dernière éruption d’un volcan en Islande a eu lieu en 2014. La lave générée à cette occasion équivaut à 33 000 années de matériaux de construction de route ! Mais il faudra attendre des milliers d’années avant qu’elle ne soit utilisable en tant que tels.

Actuellement, les volcanologues attendent de façon imminente l’éruption centenaire du Katla, situé sous le glacier au Sud du pays. Cette éruption risquerait à nouveau de causer un nuage de cendres, mais bien plus important que celui provoqué par l’Eyjafjallajökull.
Innovations "Maison"
Une autre qualité nécessaire est l’ingéniosité. Hlaðbær-Colas a mis au point deux émulsions : l’une pour enduit superficiel, qui a l’avantage d’être plus résistante et adaptée au froid islandais, et l’autre, destinée aux routes secondaires, qui s’utilise à froid et comporte 100 % d’enrobé recyclé. L’entreprise planche aussi actuellement sur l’intégration de bouteilles en verre recyclées dans les enrobés ! Sur le chantier de l’aéroport de Keflavík, elle emploie même la 3D pour assurer un revêtement parfaitement lisse. Installés sur des tripodes le long des pistes et sur le finisseur qui étale des bandes de 7,5 à 9 mètres de large, des capteurs vérifient la position de l’engin (angle, hauteur, etc.) pour ne pas excéder les 5 millimètres de tolérance autorisée.
Deux
émulsions
adaptées au
froid islandais
#BOUYGUESINSIDE
No Comment : travaux routiers dans
le Grand Nord - Islande - Groenland
Il faut apprendre
à se débrouiller
Gunnar Erlingsson responsable de mission
Jusqu'au cercle polaire
La débrouillardise est également de rigueur au cœur du cercle arctique, comme au Groenland, où Hlaðbær-Colas intervient aussi. Cet été, ils sont treize collaborateurs à passer quinze jours sur la deuxième plus grande île du monde, recouverte par un glacier sur 80 % de sa surface, pour rénover une partie des routes de Tasiilaq. Avec ses 2 000 habitants, la ville est la plus grande de la côte Est. On y accède depuis l’Islande après une heure et demie d’avion et dix minutes en hélicoptère ou une heure en bateau, uniquement l’été, quand la baie n’est pas fermée par les glaces.
Tout est apporté d’Europe. « Un jour, nous avons dû remplacer une pièce de l’un de nos engins qui avait cassé mais cela aurait été trop long de la faire venir par bateau, alors nous en avons récupéré une d’occasion sur un autre équipement trouvé sur place », témoigne Gunnar Erlingsson, le responsable de la mission et le père d’Erlingur. Il s’est tellement attaché à cette terre qu’il rêve de s’y installer définitivement.
« Il faut apprendre à se débrouiller ici. » Quelques Inuits participent aux travaux, tel Ulrik formé par l’équipe. Toute la ville suit avec attention le spectacle des machines, en particulier les enfants, ravis de profiter ensuite d’une esplanade flambant neuve où vélos et palets de hockey glissent presque tous seuls. Derrière les maisons en bois ou en tôle colorée, les icebergs dérivent à une lenteur invisible à l’œil nu. Sérénité absolue.
Le saviez-vous ?
Hlaðbær–Colas incorpore 6 % d’huile de poisson (une ressource abondante) au bitume, pour améliorer les propriétés des enduits superficiels lors de la mise en œuvre. À cause du climat, un bitume plutôt malléable doit en effet être utilisé pour les empêcher de durcir trop rapidement.